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Cassons le mythe de l’instinct maternel


S’il est assez tentant d’imaginer que la maternité est quelque chose qui nous sort des tripes comme notre enfant à la naissance, qui nous habite et nous guide naturellement dans chacune de nos décisions, le mythe de l’instinct maternel s’avère nocif, parfois même carrément toxique derrière son apparente innocence. Il est grand temps de le déconstruire et de le laisser tomber au profit d’un concept plus autonomisant, qui place à la fois la mère, le père ET l’enfant dans une réelle relation de confiance envers eux-mêmes et envers les autres.


C’est vrai que sur papier, l’idée a de quoi plaire. Les mamans seraient naturellement dotées d’un instinct qui leur permettrait d’immédiatement s’attacher à leur petit bout, de se lever la nuit naturellement au moindre petit bruit, au moindre pleur. Un instinct qui nous dirait que faire, comment le faire et surtout comment BIEN faire à tout moment de la maternité. Et au fond, ce serait tellement rassurant pour les futures mamans qui attendent leur premier enfant. « Je ne sais pas encore comment je vais faire, mais quand il sera là, je saurai ».


Mais vraiment ?


Quand on y réfléchit, ce concept d’instinct maternel nous ramène un peu à ce côté animal du mammifère qui sait ce qu’il doit faire alors même qu’on est d’accord, il n’a pas vraiment lu « J’élève mon enfant » ou suivi de préparation à l’accouchement. Oui. Sauf qu’un animal est aussi susceptible d’instinctivement laisser tomber ses petits les plus faibles qui n’arrivent pas à téter correctement ou à se glisser jusqu’à une mamelle parce que de toute façon, ils seront trop faibles pour s’en sortir seuls dans la nature et que leurs chances de survie sont donc proches de zéro dans un environnement naturel.


Or, je ne pense pas que ça relève de l’image qu’on se fait de l’instinct maternel, pas vrai ?

Plus encore, le concept d’instinct maternel est profondément culpabilisant pour la maman qui face à cette rencontre avec ce petit être qu’elle a porté pendant neuf fois, mais qu’elle ne connaît pas encore, s’interroge sur la bonne marche à suivre, noyée d’infos et de conseils de proches qui se veulent ou se disent bienveillants.


Autre mauvais point : cette idée exclut les papas et coparents de l’équation. Je pense même que ça conduit à les déresponsabiliser. J’en prends pour preuve qu’on ne parle pas d’instinct paternel. Comme si parce qu’une maman avait porté son enfant pendant neuf mois, elle avait forcément toute la connaissance nécessaire pour s’en occuper, mais pas le père, qui aurait alors toutes les bonnes raisons de rester en retrait (un concept suranné qui fleure bon les fifties).


Sans oublier qu’en excluant les pères et les coparents, on isole les mères alors que l’arrivée d’un enfant, son éducation, sa découverte, sa rencontre, c’est une aventure qu’il est tellement mieux de vivre à deux !


À l’heure où l’on prouve scientifiquement que même l’attachement du nourrisson est un concept qui se construit et que la capacité d’une mère à rester en alerte au moindre bruit de son enfant au milieu de la nuit est le résultat d’un shot hormonal, je plaide pour laisser tomber le mythe de l’instinct maternel au profit d’une autre approche, plus autonomisante, plus saine, plus encourageante. Une approche qui invite les parents (j’insiste sur les deux parents) à croire en leur instinct non pas de parent, mais d’individu. De faire confiance à leur boussole interne et surtout, à leur enfant, aussi petit soit-il, pour construire une relation d’amour envers soi et envers leur petit bout. Un concept qui les encourage à s’écouter, à accepter qu’ils n’ont pas toutes les réponses, mais qu’ils peuvent se faire confiance pour trouver la solution qui leur convient à eux comme à leur enfant.


Abandonnons la croyance selon laquelle avoir une paire de chromosomes X fait de nous des mères nées et reconnaissons que l’on ne naît pas mère, mais qu’on le devient. Être parent, c’est un apprentissage. Avec ses hauts, ses bas et ses innombrables aventures.




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