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  • TheYogaMom

Je laisse tomber et je m’accroche

Ces dernières semaines ont été tour à tour enrichissantes, épuisantes, apaisantes et éreintantes. Après des mois de stress et de confinement (non, le confinement n’est pas vraiment terminé pour tout le monde), j’ai décidé de laisser tomber… et de m’accrocher.

Je vous raconte.


Depuis le vendredi 13 mars dernier, rien n’est plus pareil, pour nous. Les filles ne vont plus à l’école ou à la crèche, ne voient plus leurs grands-parents, leurs copains (Dieu merci, mon aînée peut voir son super copain à travers la clôture du jardin) et nous ne croisons plus nos proches que par ordinateur interposé. Exception faite d’un petit coucou par-delà le portail du jardin ou d’une visite chez Papy et Mamy, masque sur la face et mètre cinquante de distance obligatoire.


Et en tant que Maman, qu’amie, que Marraine, que femme et tout simplement qu’être humain, ça n’est pas toujours simple.


C’est aussi pour cela que je n’ai plus publié quoi que ce soit depuis un bout de temps. Entre les journées bien remplies, même à charge de travail réduite, et le moral en dents de scie, je n’avais pas envie de polluer le site. Polluer le site et ses lecteurs avec mes coups de gueule, mes moments de déprime ou de culpabilité.


J’aurais voulu que ce site se concentre sur le positif, sur la bienveillance et surtout sur une volonté de partager nos expériences pour en sortir grandis, ensemble.

Mais ne peut-on pas aussi apprendre et grandir en partageant nos moments de découragement ? En se rappelant que nous traversons tous ces turbulences et que nous pouvons nous relever, chaque jour ?


Parce que oui, des moments de fatigue, il y en a. Et des moments de culpabilité, aussi. Cet après-midi où tu t’étais juré d’apprendre la lecture à ta fille de quatre ans, mais qu’au lieu de ça, ta grande fille regarde « les Trolls » pour la énième fois parce que tu boucles une traduction. Parce que tu ne suis pas les conseils de Tatie Jacqueline et de tous les autres conseillers en éducation du dimanche et glisses ton bébé inconsolable à cause d’une poussée dentaire dans ton sling pour le porter près de toi en mode câlin. Et que pour la énième fois depuis trois mois, tu te sens impuissante et ne sais pas quoi faire.

Ce moment de culpabilité parce qu’au lieu de plier et ranger ton linge (lèves la main si toi aussi, tu laves ta lessive, tu la fais sécher, mais elle fait toujours un stage prolongé dans la manne avant d’atterrir dans ta garde-robe !), tu décides de profiter que la petite fait sa sieste et que la grande joue de son côté de la clôture avec son copain pour rédiger un article.


Ce moment de culpabilité parce que tu sens que tu aimerais t’accorder une pause. Juste une pause. Seule (et non, s’enfermer dans les toilettes, ça ne compte pas !). Et que tu es soulagée de retrouver ton tapis de yoga pour t’accorder ces 20 minutes dont tu as tant besoin.


Et puis d’un autre côté, il y a ces instants qui changent tout. Ces instants où je me dis que je n’aurai plus jamais autant de temps à passer avec mes poulettes et où je me rappelle comme j’ai pleuré de ne pas pouvoir rester davantage auprès d’Emma quand je bossais à Bruxelles (navettes et journées de 13 heures bonjour !). Ces instants où je profite juste de notre bulle familiale. Où j’entends les filles rire. Où je les vois danser. Où je les prends dans mes bras.


Et là, je réalise : des hauts et des bas, des moments de joie et des pincements au cœur, il y en aura encore beaucoup.


Alors, je laisse tomber.


Je laisse tomber les séances d’autoflagellation parce que j’ai donné un petit jus à Emma plutôt qu’une eau citronnée faite maison. Parce qu’elle joue avec son copain de l’autre côté de la clôture plutôt que d’apprendre à lire ou à calculer. Parce qu’Émilie mange un morceau de comté ou de camembert avant de finir son biberon du souper. Parce que je me sens fatiguée et que j’attends impatiemment 20 heures pour m’affaler dans le canapé. J’arrête de me sentir responsable quand ma grande me dit que la vie avant le virus, c’était mieux, en me disant que je devrais tout faire pour qu’elle passe un super moment et que ce genre de propos me montre que j’échoue lamentablement.


Et pourtant, je m’accroche.


Je m’accroche aux éclats de rire, aux moments de douceur. Je m’accroche à tout ce qui fait que mes journées sont belles et note régulièrement tout ce pour quoi j’éprouve de la gratitude. Pour ne pas oublier que j’ai de nombreuses sources de bonheur, petites et grandes. Et quand mes proches me manquent, que je suis triste à l’idée de ne pas pouvoir les serrer dans mes bras, je laisse tomber l’envie de pleurer et je m’accroche à tout l’amour que je leur porte. Et je le leur envoie en pensées.


Je laisse tomber, mais je m’accroche.

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