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  • TheYogaMom

Je suis née trois fois

Mis à jour : févr. 21

La première, plus évidente, dans un hôpital de Baudour le 11 août 1988 (comme ça, vous saurez tout).


Les deux autres un peu plus d’un quart de siècle plus tard.


Le début de mon histoire


J’ai vu le jour au cœur du Borinage un peu en avance, un jour d’été des années 1980, cette décennie faite de coupes mulets, de robes à manches ballons, de lunettes XXL et de touffes de cheveux permanentées. J’ai ensuite grandi dans un quartier de Jemappes. Ce n’était pas le cadre le plus sexy du monde, mais je dois à ma petite cité sociale cette envie insatiable d’aller à la découverte d’autres cultures, d’autres langues, parce que ce petit bout de quartier gris ne pouvait pas être tout ce que le monde avait à offrir. Alors, merci, Jemappes. C’est aussi dans l’école du coin que je rencontrerai des amis qui aujourd’hui sont devenus ma famille. Et mon amoureux, qui est mon mari depuis près de 10 ans, mais aussi le père de mes deux poulettes.


Quand je vous dis que ce n’était pas si mal. 😉


26 ans plus tard, à la fin du mois d’avril 2014, j’ai consommé mon amour des langues étrangères dans une faculté de traduction, suis finalement restée en Belgique, où je suis entourée de mes amis et de mon amoureux, ai opté pour un travail de bureau dans la capitale et c’est dans un appartement montois que mon mari et moi nous lançons dans une folle aventure, même si l’on n’en a pas encore vraiment conscience, tandis que je jette ma dernière plaquette de Deso 20 dans ma petite poubelle de salle de bain. 8 mois plus tard, la petite graine va enfin germer.


La matrescence et le complexe du homard


Je suis née une deuxième fois avec l’arrivée de mon aînée, il y a un peu plus de quatre ans. Cette seconde naissance est un joli parallèle de la naissance de ma fille : le fruit d’une gestation précieuse, mais pas toujours confortable et qui s’est achevée sur une naissance bienfaitrice et tellement heureuse, mais sur le moment franchement douloureuse (du moins si comme moi, t’as pas eu le temps d’avoir ta *foutue* péridurale avant que bébé arrive).


Car non, je ne vais pas vous vendre du rêve, pour le coup. Je dois avouer que j’ai vécu ma matrescence, c’est-à-dire ce moment de ma vie où je suis devenue maman (et je parle en termes de mois d’adaptation à cette nouvelle vie, pas simplement de la naissance de ma grande poulette) comme un véritable séisme. Pendant ma grossesse déjà, j’ai ressenti un besoin viscéral de cesser certaines relations toxiques que j’avais entretenues jusque-là. A posteriori, je pense que je sentais qu’il fallait que je crée un environnement sain et sûr dans lequel faire grandir mon bébé. Une décision que je considère comme l’une des plus saines et des plus salutaires que j’aie jamais prises, mais qui s’est traduite par une rupture familiale que j’ai vécue comme un tsunami personnel pendant quelque temps. Un tsunami familial qui m’est tout naturellement revenu en pleine face durant mon post-partum et qui a fortement ébranlé et ma confiance en moi (je rigole, je n’avais pas du tout à l’époque) et ma confiance (nulle donc) en ma capacité d’être une bonne mère (je reviendrai sur le sujet dans un prochain article).


Ajoutez à cela les montagnes russes hormonales et ma propension à angoisser et vous comprendrez peut-être comment pendant des mois, j’étais tenaillée par cette peur d’être une mauvaise mère, comme pour certains j’avais été un « mauvais élément » de ma famille. Pour cet être si petit, si fragile et pour lequel j’avais plus d’amour que je n’avais jamais pu ressentir ou même imaginé ressentir un jour. Il me faudra quelque temps et le coup de pouce d’une psychologue pour mettre de l’ordre dans cette cacophonie de peurs et de sentiments.


Quatre ans plus tard, alors que je jette un coup d’œil dans le rétro pour vous raconter tout cela, je pense que la matrescence, c’est un peu une nouvelle version du complexe du homard de Françoise Dolto. Comme le homard qui doit changer de carapace (ou selon Dolto, l’enfant qui grandit et se prépare à changer tant physiquement que psychologiquement), une future maman se sent (littéralement !) à l’étroit dans son ancienne carapace. Elle a besoin de faire peau neuve pour embrasser cette nouvelle personne qu’elle devient. Au début de sa nouvelle vie de maman, elle est sortie de son ancienne carapace, elle est donc libre, prête pour une nouvelle carapace toute neuve, mais dans l’attente de construire cette nouvelle peau, elle est plus fragile et un peu perdue.


Mais la bonne nouvelle pour toutes les mamans qui me lisent, c’est que cette seconde carapace, flambant neuve, à votre taille et nettement plus confortable finit par arriver un jour ou l’autre. Sans même que vous y prêtiez attention. Je vous le promets.


Une fois mon quotidien en ordre, ma jolie carapace en place et quelques années plus tard, devinez quoi ? Eh bien oui, il était temps pour Baby #2 de faire son entrée !


Une naissance tout en douceur


Je vais être honnête. Pour cette deuxième grossesse et surtout pour l’arrivée de Baby Number Two, je m’étais préparée à un énorme chamboulement, à une mini tornade qui viendrait tout secouer dans nos vies, à une boule de bowling en couche-culotte qui ferait un strike avec chaque aspect de notre quotidien. Et finalement, je n’ai jamais été aussi ravie d’avoir tort. Oui, les choses ont changé, mais pas autant que je l’aurais imaginé. Et sincèrement, je ne pensais pas avoir changé tant que cela non plus. Mais là aussi, j’avais tort.


Avec son arrivée, ma seconde princesse m’a appris qu’en fait, j’avais une ressource infinie d’amour et de bonheur dans ce petit organe coincé dans ma cage thoracique qu’on appelle le cœur. Vous savez, ce truc que l’on dit aux enfants pour les rassurer, « le cœur de Maman, il grandit avec chaque enfant qui arrive, il y a de la place pour tout le monde dedans » ? C’est incroyablement vrai. Elle m’a aussi appris que tout le monde a besoin de douceur et de bienveillance, et pas uniquement les nouveau-nés, mais aussi mon aînée, à qui j’ai parfois l’impression de demander de grandir trop vite, mon amoureux et tous ceux qui nous entourent. Mais elle m’a aussi donné l’opportunité d’apprendre que j’avais besoin de me ressourcer et de prendre soin de moi si je voulais mieux prendre soin de ceux que j’aime. Et finalement, ça m’a à nouveau transformée. Je suis née une nouvelle fois. Je pense que cette fois, je n’ai pas changé de carapace, mais j’ai tout de même changé à l’intérieur.


Bref, je ne suis plus le homard que j’étais autrefois.


J’espère que cet article, plus long et tellement plus personnel, vous aidera dans votre cheminement, dans votre quotidien ou influencera votre vision de la maternité. N’hésitez pas à partager votre expérience de la matrescence et de la maternité en général. Chaque partage d’expérience nous enrichit mutuellement.


Namasté !




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